GRANBY — Elles sont petites, discrètes et leur avenir demeure fragile. Plus de 730 jeunes tortues de cinq espèces indigènes ont néanmoins retrouvé leur milieu naturel cette année après une incubation au Lab Nature du Zoo de Granby. Dans son bilan publié le 28 septembre, l’établissement rapporte une récolte record d’œufs et des résultats encourageants pour la conservation de ces reptiles.
Les œufs provenaient de nids recueillis en Montérégie, en Estrie et dans la région de Montréal. Au total, plus de 880 œufs avaient été placés à l’abri des prédateurs et des risques du milieu naturel. Derrière ces naissances, il y a plusieurs mois de travail pour les équipes chargées de repérer les nids, de recueillir les œufs et d’accompagner leur développement.
Un coup de pouce dès les premiers jours
Cette saison, le laboratoire a accueilli les œufs de 31 nids de tortues géographiques, de 19 nids de tortues molles à épines et d’une dizaine de nids de tortues des bois. Deux nids de tortues peintes et trois nids de tortues serpentines complétaient cette pouponnière. L’incubation permet de protéger les œufs durant une période où une inondation ou le passage d’un prédateur peut compromettre toute une ponte.
Chez la tortue molle à épines, 310 jeunes ont été remis en liberté, avec un taux d’éclosion de 96 % parmi les œufs incubés présumés fertilisés. Le Zoo rapporte également 291 jeunes tortues géographiques et 73 tortues des bois relâchées, avec des taux d’éclosion respectifs de 95 % et de 97 %. Les tortues peintes et serpentines portent le bilan global à plus de 730 individus.
Ces pourcentages concernent l’éclosion, et ne signifient donc pas que toutes les jeunes tortues atteindront l’âge adulte. Le retour à la nature marque le début d’une autre étape, durant laquelle elles devront trouver leur nourriture et échapper aux dangers de leur environnement. L’objectif est de leur offrir de meilleures chances de départ pour contribuer, éventuellement, au renouvellement des populations.
Des micropuces pour savoir ce qu’elles deviennent
Une nouveauté s’ajoute cette année au programme : 16 jeunes tortues molles à épines ont reçu une micropuce d’identification, appelée PIT, avant leur remise à l’eau. Il ne s’agit pas d’un GPS qui transmet continuellement leur position. La puce permet plutôt de reconnaître chaque animal lorsqu’une antenne de détection passe à proximité.
Les 16 tortues ont toutes été détectées après leur remise en liberté, et 11 ont pu être suivies pendant trois semaines dans le secteur étudié. Ces premières observations doivent aider les biologistes à mieux comprendre leurs déplacements, leur utilisation de l’habitat et leur survie. Pour des animaux aussi petits et difficiles à retrouver, ce suivi ouvre de nouvelles possibilités de recherche.
Le travail se poursuit dans les nids
La saison n’est pas tout à fait terminée pour les équipes de conservation. Dans les prochaines semaines, près d’une cinquantaine de nids de tortues géographiques protégés directement dans la nature doivent être excavés. Cette opération permettra d’évaluer les éclosions et de remettre les tortillons à l’eau.
Ces nids ont été recouverts de grillages pour limiter la prédation tout en permettant aux œufs de poursuivre leur incubation sur place. Les jeunes tortues géographiques peuvent normalement passer l’hiver dans leur nid avant d’en sortir au printemps. Certains sites présentent toutefois un sol trop compact ou un risque de crue, ce qui justifie une intervention pour faciliter leur retour à l’eau.
Une conservation qui demande de la patience
Le Zoo de Granby participe aux efforts de rétablissement de la tortue molle à épines depuis 1997 et assure l’incubation de ses œufs en laboratoire depuis 2009. Cette expertise profite aujourd’hui à plusieurs espèces présentes au Québec. Le travail dépasse les murs du laboratoire et comprend aussi la protection des sites de ponte et des habitats.
La disparition et la fragmentation des habitats, les collisions routières et la prédation des nids continuent de peser sur les populations. Leur renouvellement est lent : une tortue peut mettre plus de dix ans à atteindre sa maturité. Les centaines de jeunes remis en liberté constituent donc un résultat encourageant, dont les effets devront se mesurer dans la durée.

