SUTTON — Produire des légumes, partager les récoltes et soutenir des causes sociales : l’agriculture peut aussi devenir une forme d’engagement collectif. Solidarité environnement Sutton (SES) invite la population à découvrir cette approche lors de l’atelier « Nourrir les utopies : l’agriculture militante », présenté par Les Greniers Agricoles le vendredi 16 octobre, à 19 h. La rencontre aura lieu à la salle du conseil municipal, au 11, rue Principale Sud, avec une contribution volontaire.
Les organisateurs proposent de réfléchir à un projet agricole commun et aux moyens de mieux assurer l’accès à une nourriture saine. Les échanges porteront sur les expériences du collectif, qui associe le travail agricole aux luttes sociales et écologiques. Derrière cette invitation se trouve une question très concrète : comment s’organiser pour que la nourriture soit davantage accessible et que sa production serve aussi la communauté?
Qu’est-ce que l’agriculture militante?
Dans l’approche des Greniers Agricoles, cultiver constitue à la fois une activité nourricière et un geste politique. Les légumes récoltés permettent de soutenir des groupes engagés, des cuisines collectives et des mobilisations. La production, la transformation et la distribution des aliments deviennent ainsi des moyens de faire vivre un réseau d’entraide.
L’expression désigne ici une démarche, plutôt qu’une technique particulière de culture. Un jardin collectif peut réunir des voisins autour d’une récolte commune sans poursuivre de revendications politiques. L’agriculture militante ajoute une volonté explicite de transformer les rapports à l’alimentation, à la terre et à la solidarité, tout en appuyant certaines causes.
Cette distinction aide à comprendre ce que propose le collectif. La question dépasse le choix des légumes à semer ou des méthodes à employer : elle touche aussi les personnes qui décident, celles qui travaillent et celles qui bénéficient des récoltes. Dans cette perspective, nourrir un groupe lui donne également les moyens matériels de poursuivre ses activités.
Un collectif né du soutien aux campements étudiants
Selon son rapport d’activités 2024-2025, Les Greniers Agricoles ont été créés en mai 2024, avec la mise en place d’un réseau de cinq fermes en Montérégie et dans le Centre-Sud du Québec. Une demande de subvention déposée en août 2025 précise que le collectif s’est formé dans la foulée des occupations pour la Palestine à McGill et à l’UQAM. Il cherchait alors à fournir des denrées aux campements étudiants.
Ses activités se sont ensuite étendues à différentes mobilisations sociales et environnementales. Le rapport mentionne notamment des livraisons de légumes à Food Not Bombs NDG et à Midnight Kitchen, ainsi qu’un soutien alimentaire à Mobilisation 6600, engagée dans la défense de milieux naturels à Montréal. Il fait aussi état de distributions de repas lors d’activités avec Mères au Front et de rassemblements à Victoriaville.
Ce parcours montre que la dimension militante du projet est assumée. Les récoltes et les repas soutiennent des organisations et des causes choisies par le collectif. Il s’agit donc d’un réseau agricole solidaire dont les activités alimentaires prolongent un engagement social et écologique.
Des possibilités qui dépassent le potager
À Sutton, l’atelier pourrait permettre d’examiner différentes façons de passer de l’intérêt individuel à une organisation commune. Un projet pourrait, par exemple, prendre la forme d’un jardin collectif, de parcelles cultivées avec des producteurs partenaires ou d’un réseau de récupération de surplus agricoles. Ce sont des pistes à discuter, puisque l’annonce ne présente pas encore de terrain retenu, de budget ou de structure locale arrêtée.
La mise en commun pourrait aussi concerner les outils, les semences, le transport et les connaissances. Certaines personnes peuvent contribuer au travail des champs, tandis que d’autres disposent de compétences en cuisine, en organisation ou en distribution. L’enjeu consiste à relier ces contributions pour que les récoltes trouvent leur chemin jusqu’aux personnes auxquelles elles sont destinées.
La transformation et la conservation représentent également des possibilités à explorer. Une cuisine collective pourrait préparer des repas avec une partie de la production, tandis que des installations adaptées permettraient de conserver certains aliments pour les mois suivants. Ces avenues demandent toutefois du matériel, du temps et une organisation qui doivent être prévus dès le départ.
Apprendre à produire et à décider ensemble
Les initiatives associées aux Greniers Agricoles comportent aussi une dimension éducative. En février 2025, Environnement Jeunesse présentait un projet du collectif à Victoriaville visant la production de légumes écologiques locaux dans une serre adaptée à la culture d’hiver. Les récoltes devaient notamment servir à organiser des soupers pour des militants et la communauté étudiante.
L’organisme associait ce projet à l’apprentissage de la souveraineté alimentaire, de l’autogestion et de l’inclusion. Dans ce contexte, l’autogestion signifie que les personnes participantes prennent part à l’organisation et aux décisions. Cela suppose de convenir ensemble des tâches, des priorités et de l’utilisation des ressources.
Pour une communauté, ces apprentissages peuvent être aussi utiles que les récoltes elles-mêmes. Planifier une saison, répartir le travail et décider du partage des aliments obligent à trouver des façons de collaborer. Un projet agricole commun peut ainsi devenir un lieu de transmission de savoirs et de rencontre entre des personnes qui se côtoient peu autrement.
Quels débouchés pour un tel projet?
Les débouchés peuvent d’abord être alimentaires et communautaires : approvisionner une cuisine collective, soutenir des repas partagés ou organiser une distribution solidaire. Selon les objectifs des participants, une initiative pourrait aussi évoluer vers une coopérative agricole ou une entreprise d’économie sociale. Ces possibilités ne constituent toutefois pas des projets annoncés pour Sutton.
Sur le plan professionnel, les compétences développées peuvent être pertinentes en maraîchage, en animation de jardins collectifs, en coordination de bénévoles ou en logistique alimentaire. La création d’emplois rémunérés dépendrait cependant d’un financement durable et du volume d’activités. Une récolte distribuée gratuitement répond à un besoin, mais elle ne génère pas directement les revenus nécessaires au paiement des salaires et des équipements.
L’accès à la terre représente une autre question déterminante. Une documentation publiée par le CLD de Brome-Missisquoi présente L’ARTERRE comme un service de jumelage entre aspirants agriculteurs et propriétaires, avec différentes possibilités de location, de partenariat ou de transfert d’entreprise. Ce type d’accompagnement illustre une voie à examiner pour un projet agricole, sans garantir qu’un collectif donné y soit admissible ou trouve une propriété adaptée.
Une contribution utile, avec des limites
La production collective peut améliorer l’accès à certains aliments et renforcer les liens entre participants. Une synthèse de l’Institut national de santé publique du Québec souligne notamment les bénéfices possibles des jardins communautaires pour les habitudes de vie et la cohésion sociale. Elle relève cependant que les données sur leur capacité à protéger les ménages à faible revenu contre l’insécurité alimentaire demeurent peu concluantes.
Cette nuance est essentielle, puisque l’insécurité alimentaire des ménages est principalement liée au manque de ressources financières, selon l’INSPQ. Produire des légumes peut apporter un soutien concret, mais ne règle pas à lui seul l’ensemble des difficultés qui empêchent une famille de se nourrir suffisamment. L’entraide agricole doit donc être évaluée pour ce qu’elle peut réellement fournir, sans lui attribuer tous les moyens de combattre la pauvreté.
La continuité du travail mérite aussi d’être discutée. Qui assurera l’entretien pendant l’été, comment seront partagées les récoltes et quelles ressources permettront au projet de revenir l’année suivante? Pour les personnes intéressées, la rencontre du 16 octobre sera l’occasion de confronter les idées à ces questions et de voir quelles collaborations pourraient prendre racine à Sutton.
Sources :
- Solidarité environnement Sutton — Annonce de l’atelier du 16 octobre 2026. Horaire, lieu, contribution volontaire et objectifs de la rencontre. sesutton.org
- Les Greniers Agricoles — Rapport d’activités 2024-2025. Création du collectif, réseau agricole et activités de soutien alimentaire. 2025.docx
- Les Greniers Agricoles — Présentation du projet dans une demande de subvention, août 2025. Origines, mission et engagements du collectif. agecvm.org
- Environnement Jeunesse — De beaux projets par et pour les jeunes à suivre. Présentation du projet de serre et d’apprentissage collectif à Victoriaville. Environnement Jeunesse
- CLD de Brome-Missisquoi — Présentation de L’ARTERRE. Jumelage agricole et différentes formes d’établissement. cldbm.qc.ca
- INSPQ — Analyse des bénéfices et limites des jardins communautaires, 2020. Cohésion sociale et portée limitée des données sur l’insécurité alimentaire. inspq.qc.ca
- INSPQ — Insécurité alimentaire liée au revenu des ménages, 2023. Distinction entre les difficultés financières des ménages et la sécurité alimentaire d’une communauté. inspq.qc.ca

