Deux juristes dénoncent le Barreau du Québec

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SHERBROOKE — Deux anciens avocats ayant exercé au Québec ont décidé de poursuivre publiquement leur combat contre certaines institutions judiciaires et universitaires. Radu Claudiu Popa et Alexandra Captariu, tous deux radiés du Barreau du Québec en 2026, ont lancé leurs propres plateformes Internet afin de présenter leur version des événements et de rendre accessibles plusieurs documents. Leur démarche fait notamment l’objet d’un article publié le 24 octobre par EnDroit.ca, une plateforme indépendante d’information citoyenne qui s’intéresse aux questions de justice et de droits fondamentaux.

Les deux juristes, qui dirigent respectivement la Ligue des droits et libertés universitaires à titre de directeur et de directrice adjointe, remettent en question le traitement de certains dossiers par le Barreau du Québec et les tribunaux. Ils soutiennent notamment que des irrégularités qu’ils affirment avoir découvertes à l’Université de Sherbrooke n’auraient pas fait l’objet des interventions appropriées. Leurs accusations visent principalement la gouvernance universitaire, l’indépendance judiciaire et le fonctionnement des mécanismes disciplinaires.

Un ancien chargé de cours de l’Université de Sherbrooke

Radu Claudiu Popa possède un parcours universitaire et professionnel particulièrement étoffé. Ancien avocat criminaliste, il a notamment enseigné à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke entre 2012 et 2024, en plus d’obtenir deux doctorats en droit, l’un à Sherbrooke et l’autre à Bordeaux, en France. Ses recherches portent notamment sur la collecte de preuves, les enquêtes policières à l’ère numérique et la protection des droits fondamentaux.

Son différend avec l’Université de Sherbrooke remonte à un désaccord concernant la reconnaissance de ses qualifications pour enseigner un cours de droit pénal. Le conflit s’est progressivement retrouvé devant plusieurs instances judiciaires, alors que M. Popa contestait les décisions prises à son égard. En 2024, la Cour supérieure a jugé certaines de ses démarches abusives, tandis que la Cour suprême du Canada a refusé, en janvier 2025, d’autoriser un appel dans l’un de ses dossiers.

Le Conseil de discipline du Barreau du Québec l’a finalement déclaré coupable, le 29 mai 2026, d’avoir porté préjudice à l’administration de la justice dans le cadre de ses recours. Une radiation permanente lui a été imposée le 28 juillet, prenant effet le 5 août 2026. M. Popa avait toutefois déjà quitté volontairement le Barreau en octobre 2025, selon les informations rapportées par EnDroit.ca.

Des accusations concernant la gouvernance universitaire

Depuis, le juriste poursuit ses interventions publiques sur son site personnel, où il publie notamment une série intitulée « Les dossiers de l’UdeS ». Il y présente des documents et des analyses portant sur l’attribution des contrats d’enseignement à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke. Selon lui, certaines règles relatives à l’ancienneté, aux qualifications et aux procédures d’embauche auraient été contournées au profit de candidats particuliers.

Ses publications soulèvent également des interrogations sur les relations entre certains dirigeants universitaires, des cabinets d’avocats et des représentants du système judiciaire. M. Popa estime que ces liens pourraient expliquer le traitement réservé à certaines de ses démarches. Ces conclusions constituent toutefois sa propre interprétation des événements et ne correspondent pas à des constats de fraude établis par les décisions judiciaires citées.

Alexandra Captariu conteste également sa radiation

Alexandra Captariu a pour sa part exercé comme avocate de 2020 à 2026, principalement dans les domaines du droit des affaires, du travail et de la protection des renseignements personnels. Diplômée en droit de l’Université de Sherbrooke, elle occupe aujourd’hui les fonctions de directrice adjointe de la Ligue des droits et libertés universitaires. Elle s’intéresse notamment aux questions de gouvernance universitaire et de déontologie judiciaire.

Son dossier disciplinaire trouve son origine, selon son témoignage, dans un commentaire publié sur LinkedIn en septembre 2025. Elle y critiquait la doyenne de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, Marie-Pierre Robert, en faisant référence aux publications de M. Popa. Le Barreau lui a ensuite demandé de préciser les éléments sur lesquels reposaient ses affirmations.

Le 10 mars 2026, le Conseil de discipline l’a déclarée coupable de ne pas avoir répondu de manière complète à une communication d’un syndic adjoint, malgré un rappel. Une radiation de trois mois et un jour lui a été imposée le 19 mai, prenant effet le 10 juillet. Il importe de préciser que le chef disciplinaire retenu ne concernait pas directement le contenu de ses critiques, mais plutôt son obligation de répondre aux demandes du syndic.

Mme Captariu conteste néanmoins cette décision et affirme avoir collaboré aux démarches du Barreau. Dans une longue réponse publiée sur son site, elle soutient avoir fourni les renseignements nécessaires et considère que l’intervention de l’ordre professionnel était injustifiée. Elle estime également que sa liberté d’expression et son droit de critiquer des personnes occupant des fonctions publiques ou institutionnelles méritent d’être défendus.

Un même syndic adjoint dans les deux dossiers

L’enquête publiée par EnDroit.ca relève également un élément commun aux deux dossiers : la présence de Me Sébastien Dyotte, syndic adjoint au Barreau du Québec. Celui-ci était le plaignant dans le dossier disciplinaire de Radu Claudiu Popa et avait réclamé sa radiation permanente. Selon Alexandra Captariu, c’est également lui qui l’a interrogée au sujet de ses commentaires sur la gouvernance de l’Université de Sherbrooke.

Mme Captariu soulève par ailleurs des questions concernant ce qu’elle considère comme de possibles conflits d’intérêts, en raison de liens qu’elle attribue au syndic adjoint avec certaines personnes du milieu universitaire. Elle soutient que ces circonstances auraient dû entraîner son retrait du dossier. Aucune décision publique citée dans l’enquête d’EnDroit.ca n’établit toutefois l’existence d’un tel conflit d’intérêts.

La présence d’un même représentant du Barreau dans plusieurs procédures ne constitue pas, en elle-même, une irrégularité. Elle représente néanmoins l’un des aspects examinés par EnDroit.ca dans son travail de documentation. La plateforme s’est également intéressée à d’autres dossiers disciplinaires impliquant des juristes ayant contesté le fonctionnement de certaines institutions.

Des plateformes pour présenter leur version des faits

Les deux anciens avocats ont choisi de rendre leurs publications accessibles en plusieurs langues, notamment en français, en anglais et en roumain. Leurs plateformes présentent leurs parcours professionnels, des travaux de recherche, des analyses juridiques et différents documents concernant leurs différends. Elles permettent également de consulter directement les arguments qu’ils souhaitent porter à l’attention du public.

Au-delà de leurs situations personnelles, les deux juristes souhaitent ouvrir une discussion plus large sur la transparence des institutions judiciaires et universitaires. Ils remettent notamment en question les mécanismes de surveillance, les obligations déontologiques et la manière dont certaines plaintes sont traitées. Leurs publications donnent ainsi accès à leur perspective sur des événements qui ont profondément marqué leurs parcours professionnels.

Un dossier qui soulève des questions sur la justice

La radiation d’un avocat constitue une sanction professionnelle importante, particulièrement lorsqu’elle est permanente. Le Barreau du Québec possède notamment la responsabilité de protéger le public et de veiller au respect des obligations professionnelles de ses membres. De leur côté, les personnes sanctionnées conservent la possibilité de s’exprimer publiquement sur leur expérience et de contester les décisions selon les recours prévus par la loi.

Dans ce dossier, EnDroit.ca a choisi de présenter les parcours de Radu Claudiu Popa et d’Alexandra Captariu, leurs sanctions disciplinaires et les interrogations qu’ils soulèvent. Les lecteurs peuvent désormais consulter leurs publications et les documents officiels afin de mieux comprendre les différentes dimensions de cette affaire. Il demeure essentiel de distinguer les faits établis par les tribunaux des allégations formulées par les deux anciens avocats.

L’article complet publié par EnDroit.ca permet d’approfondir ces questions et de découvrir les démarches entreprises par les deux juristes. Leurs sites personnels offrent également un accès direct à leurs explications, sans intermédiaire. Une occasion, pour les citoyens intéressés par le fonctionnement du système judiciaire québécois, de prendre connaissance de leur point de vue.

Sources :

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