Anthony Tremblay est journaliste au Journal de Granby, spécialisé en politique et en enjeux de société. Il s’intéresse également à la culture, à l’identité et aux grands débats qui façonnent l’actualité québécoise.
Anthony Tremblay est journaliste au Journal de Granby, spécialisé en politique et en enjeux de société. Il s’intéresse également à la culture, à l’identité et aux grands débats qui façonnent l’actualité québécoise.
SHERBROOKE — Il n’en fallait pas plus qu’une nomination, celle de Jacinthe-Ève Arel comme directrice de cabinet au ministère de l’Efficacité gouvernementale et de l’Allègement réglementaire de l’État, pour provoquer un torrent de commentaires hostiles. Si certains s’en prennent à ses affiliations du passé, de la CAQ au Parti conservateur sous Éric Duhaime, on a aussi longuement ressorti d’anciennes déclarations controversées sur l’itinérance ou encore sur le fantasque président Donald Trump. Or, qu’est-ce que nous devrions faire ? Exiger son départ ou donner la chance à la coureuse ?
Un parcours atypique
On ne peut pas accuser Dimitri Soudas d’être partisan du Parti québécois. Bien au contraire. Mais sur X, il a parlé brièvement du parcours de Jacinthe-Ève Arel en ces termes :
À propos de Jacinthe-Ève Arel : j’ai des désaccords profonds avec certaines de ses prises de position. Ils ne m’empêchent pas de regarder l’ensemble de son parcours.
[…]
Elle a grandi dans la pauvreté et raconte avoir vécu dans son auto pendant ses études à l’Université d’Ottawa. Elle travaillait la nuit dans une maison de transition auprès de détenus et allait à l’université le jour.
Elle a été agente correctionnelle, a travaillé à la DPJ et a été gestionnaire pendant douze ans dans le réseau de la santé et des services sociaux. Cette expérience compte aussi. Un épisode me touche particulièrement. Lorsqu’elle travaillait au cabinet de Simon Jolin-Barrette, ses enfants avaient 9, 11 et 14 ans. Pour éviter de les laisser seuls la nuit à Boucherville, elle partait à 4 h du matin pour Québec.
Avant de partir, elle préparait les lunchs, les uniformes, le souper et les consignes sur des petits papiers partout dans la maison. Il lui restait parfois deux ou trois heures. Par peur de ne pas se réveiller à temps, elle ne se couchait pas.
[…]
PROPOS TIRÉS DE LA PAGE X / DIMITRI SOUDAS
Or, est-ce que des propos controversés tenus par le passé, ou même une certaine indulgence envers le président des États-Unis, devraient être synonymes de mort sociale ? Pas vraiment. Nous avons tous déjà dit des choses que nous regrettons. Et ce n’est pas une raison pour autant de perdre son emploi.
Sol Zanetti et Ruba Ghazal ont réclamé son départ. De même que quantité de pages anonymes d’extrême gauche, en colportant de fausses informations. Notamment qu’elle voudrait pouvoir céder son droit de vote à Éric Duhaime.
Un nouveau gouvernement dénoncé par les éternels insatisfaits
Le gouvernement ne siège même pas depuis dix jours que déjà, des commentateurs politiques, des trolls et d’autres joyeux lurons viennent compétitionner dans ce qui est une discipline très connue au Québec : chialer pour chialer.
PSPP décide de se tenir debout face à Mark Carney, qui lui refuse de faire un discours devant les représentants (non élus, d’ailleurs) de l’Union européenne ? C’est un bébé gâté. Ou un enfant roi. C’est selon.
PSPP débloque 28 millions pour l’itinérance en aide d’urgence ? C’est un populiste qui veut acheter des votes. Ou encore mieux : il veut aider du monde qui ne veut pas s’aider, qui ne fait pas assez d’efforts.
On trouvera toujours des raisons pour chialer. Et si les controverses (dans un verre d’eau) ont jusqu’à présent fait les choux gras de la droite économique et patronale, la gauche n’est pas en reste avec la nomination de Jacinthe-Ève Arel.
Nous pourrions nous intéresser davantage à son parcours et à ce qu’elle a à dire sur l’avenir du Québec. Et peut-être la questionner. Pourquoi pas. Nous sommes dans une démocratie. Mais cela ne veut pas dire que nous devrions « annuler » quiconque n’est pas totalement branché sur le programme de Québec solidaire ou sur la soumission au Parti libéral du Canada.
Les gens ont le droit de changer. Ils ont aussi le droit de se tromper. Donnons donc la chance au coureur. Ou à la coureuse, cette fois-ci.
Note éditoriale : Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.
Anthony Tremblay est journaliste au Journal de Granby, spécialisé en politique et en enjeux de société. Il s’intéresse également à la culture, à l’identité et aux grands débats qui façonnent l’actualité québécoise.