Au-delà du mépris : Mélanie Joly, figure de la décennie perdue

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SHERBROOKE — Disons que les libéraux fédéraux au Québec n’ont pas le don de nous offrir des élus appréciables. Ils sont pourtant constamment réélus depuis au moins une décennie : un véritable mystère pour quiconque s’intéresse à la politique. Les plus grinçants, désagréables et méprisants se trouvent généralement sur l’île de Montréal. Si Emmanuella Lambropoulos et Anthony Housefather se sont illustrés par des propos disgracieux à l’égard du Québec et de sa majorité historique, Mélanie Joly ne laisse pas sa place.

Récemment, une controverse a éclaté autour du refus d’accorder à Paul St-Pierre Plamondon une prise de parole lors de la rencontre entre les représentants de l’Union européenne et du gouvernement canadien. Dans la foulée, Mélanie Joly aurait déclaré : « La géopolitique, c’est une compétence fédérale. »

Une ignorance indigne d’une ministre

Mélanie Joly a beau évoluer sur la scène fédérale, une Québécoise qui occupe de si hautes fonctions devrait tout de même connaître un minimum les fondements de l’action internationale du Québec. Qu’est-ce que la doctrine Gérin-Lajoie ? Une notion que l’on enseigne aux étudiants en sciences humaines dès leurs premiers cours de politique au cégep, ou encore dans les programmes de sciences politiques à l’université.

On ne parle pas ici d’un concept obscur, fruit du cerveau délirant de séparatistes fiévreux. Énoncée par Paul Gérin-Lajoie, ministre libéral du gouvernement de Jean Lesage, cette doctrine repose sur un principe simple : les compétences que le Québec exerce chez lui, notamment en santé, en éducation et en culture, se prolongent sur la scène internationale.

Les échanges étudiants entre la France et le Québec, qui se sont considérablement développés au cours des 60 dernières années, en sont un exemple. Plus largement, le Québec s’est imposé comme un interlocuteur respecté auprès de plusieurs pays. Il bénéficie ainsi d’une reconnaissance que les gouvernements étrangers n’accordent pas nécessairement aux autres États fédérés, réservant généralement leurs relations diplomatiques au pouvoir central.

Le Québec a ainsi développé un réseau de représentations qui, sans porter le titre d’ambassades ou de consulats, remplissent des fonctions comparables dans plusieurs domaines. On en trouve notamment en Chine, au Japon, en France et au Royaume-Uni. Aux États-Unis, ses délégations sont présentes dans plusieurs régions du pays.

Nos premiers ministres ont aussi l’occasion de s’entretenir directement avec des chefs d’État, sans nécessairement passer par Ottawa. Ce fut encore le cas tout récemment, lors d’un appel entre Paul St-Pierre Plamondon et le président de la République française, Emmanuel Macron.

Les propos de Mélanie Joly sont donc non seulement méprisants, mais aussi inexacts. Il faudrait également lui rappeler que la géopolitique est un champ d’études et d’analyse des rapports de puissance, plutôt qu’une compétence constitutionnelle en soi. Elle aurait plutôt dû parler de relations internationales ou diplomatiques.

Ce qui n’aurait d’ailleurs rien changé au fond méprisant de ses propos.

Mélanie Joly, une habituée des propos controversés

On se souvient tous du 150e anniversaire de la fédération canadienne. Pour l’occasion, on avait ressorti du placard la figure controversée de John A. Macdonald. Résolument hostile aux nations autochtones comme aux Canadiens français, le premier chef du gouvernement canadien a depuis été « annulé » dans la foulée des mouvements décoloniaux qui ont secoué l’Occident.

Pourtant, à l’approche de ces célébrations, Mélanie Joly invitait les Canadiens, dans une déclaration officielle, à découvrir « sa vie et sa vision d’un pays qui valorisait la diversité, la démocratie et la liberté ». Elle était alors ministre du Patrimoine canadien et soulignait la Journée sir John A. Macdonald.

Plus tard, devant la montée de Paul St-Pierre Plamondon, elle lancera : « Le chef du Parti québécois veut donner le Québec à Donald Trump. » Difficile de faire plus caricatural.

Quoi qu’il en soit, Mélanie Joly n’a jamais vraiment brillé par sa perspicacité ni par la profondeur de ses réflexions. On se souviendra d’elle comme d’un personnage mineur de cette époque politique que l’on surnomme, à juste titre au Canada, la décennie perdue : celle du règne de Justin Trudeau. Un règne à l’origine du déclin irrémédiable du Canada sur la scène internationale et d’une baisse marquée du niveau de vie d’un océan à l’autre.

Avec cette nouvelle sortie, elle vient une fois de plus nous rappeler les limites de sa réflexion.

Note éditoriale : ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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