Cuba : le Canada s’oppose aux sanctions américaines

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NEW YORK — L’Assemblée générale des Nations unies a une nouvelle fois réclamé, mercredi 28 octobre, la fin de l’embargo économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba. La résolution a été adoptée par 130 voix contre 17, avec 25 abstentions, confirmant l’opposition d’une majorité de pays aux sanctions américaines. Le Canada figure parmi les États ayant voté en faveur de leur levée, contrairement aux États-Unis, à Israël et à plusieurs autres pays qui ont choisi de maintenir leur opposition à la résolution. Ce vote intervient alors que Cuba traverse une crise économique et humanitaire particulièrement grave, marquée par des pénuries alimentaires, des coupures d’électricité et des difficultés croissantes d’accès aux soins de santé.

Une condamnation qui dure depuis plus de 30 ans

Depuis 1992, l’Assemblée générale des Nations unies adopte régulièrement une résolution demandant la fin de l’embargo américain contre Cuba. Le scrutin du 28 octobre 2026 constitue la 34e adoption d’une telle résolution, malgré le refus persistant de Washington de mettre fin à cette politique héritée de la guerre froide. Les sanctions américaines, dont les premières remontent à 1960, ont été considérablement élargies au fil des décennies. Leur application dépasse aujourd’hui largement les seules relations commerciales entre les États-Unis et Cuba.

Toutefois, le résultat de cette année révèle un changement important dans les rapports de force diplomatiques. En 2025, 165 pays avaient voté pour la levée de l’embargo, contre seulement sept oppositions et 12 abstentions. Un an plus tard, le nombre de votes favorables a chuté de 35, tandis que les oppositions et les abstentions se sont multipliées. Il s’agit néanmoins d’une majorité confortable pour Cuba, même si le soutien international à sa résolution s’est considérablement effrité.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / UNITED NATIONS NEWS

Quels sont les 17 pays qui ont voté contre la résolution ?

Les États-Unis ne sont pas seuls à s’opposer à cette résolution, même si leur position demeure minoritaire au sein de la communauté internationale. Les 17 pays ayant voté contre sont les États-Unis, Israël, l’Argentine, la Bosnie-Herzégovine, la Colombie, le Costa Rica, la Tchéquie, l’Équateur, la Hongrie, la Lituanie, le Maroc, la Macédoine du Nord, le Paraguay, la Slovénie, Trinité-et-Tobago, l’Ukraine et les Émirats arabes unis. Ces États ont donc refusé d’appuyer la demande de levée de l’embargo américain. Cela ne signifie toutefois pas qu’ils appliquent eux-mêmes les sanctions américaines contre Cuba.

Plusieurs de ces pays ont considérablement modifié leur position depuis l’année précédente. La Colombie, la Slovénie, Trinité-et-Tobago et les Émirats arabes unis avaient notamment appuyé la résolution de 2025, avant de voter contre en 2026. La Bosnie-Herzégovine, le Costa Rica, la Tchéquie, l’Équateur, la Lituanie et le Maroc étaient plutôt dans le camp des abstentions en 2025. Ces changements témoignent d’un recul de l’appui diplomatique dont bénéficiait traditionnellement La Havane.

D’autres pays ont choisi une position intermédiaire en s’abstenant, notamment l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Corée du Sud, le Chili, le Pérou et la Jamaïque. Au total, 25 États se sont abstenus et 21 autres n’ont pas pris part au vote. À l’inverse, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Chine, la Russie, le Mexique et le Brésil ont voté en faveur de la résolution. Les divisions dépassent donc largement les alliances politiques traditionnelles, puisque plusieurs proches partenaires des États-Unis continuent de s’opposer à leur politique envers Cuba.

Le Canada maintient son opposition à l’embargo américain

Malgré ses relations économiques et diplomatiques étroites avec les États-Unis, le Canada demeure opposé à l’embargo imposé à Cuba. Cette position ne date pas d’hier, Ottawa ayant constamment appuyé les résolutions annuelles des Nations unies réclamant la levée des sanctions. Le gouvernement canadien considère notamment que l’application extraterritoriale de certaines lois américaines pose problème au regard du droit international. Elle peut également nuire aux entreprises canadiennes qui entretiennent des relations commerciales légitimes avec Cuba.

Cette opposition concerne particulièrement la loi américaine Helms-Burton, adoptée en 1996, qui renforce l’embargo et comporte des dispositions pouvant avoir des conséquences pour des entreprises étrangères. Les autorités canadiennes ont d’ailleurs mis en place des mesures législatives pour limiter les effets de certaines lois étrangères sur les entreprises établies au Canada. En 2025, les échanges commerciaux de marchandises entre le Canada et Cuba ont atteint environ 892,5 millions de dollars, selon Affaires mondiales Canada. Le Canada demeure ainsi un partenaire économique important de l’île, notamment dans les secteurs des mines, de l’énergie et du tourisme.

Ottawa ne défend cependant pas pour autant l’ensemble des politiques du gouvernement cubain. Dans ses documents officiels de juin 2026, Affaires mondiales Canada exprime ses préoccupations concernant le respect des droits politiques et économiques, ainsi que la détention de prisonniers politiques. Le gouvernement demande à La Havane d’entreprendre des réformes et de respecter davantage les libertés fondamentales de sa population. Autrement dit, le Canada distingue son opposition aux sanctions américaines de ses critiques à l’endroit du régime politique cubain.

Un embargo économique qui remonte à la guerre froide

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir au début des années 1960, peu après la révolution cubaine de 1959 et l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro. La nationalisation d’entreprises et de propriétés américaines, ainsi que le rapprochement de Cuba avec l’Union soviétique, provoquent une détérioration rapide des relations avec Washington. Les États-Unis commencent à imposer des restrictions commerciales en 1960, avant de décréter un embargo beaucoup plus large en 1962. Plus de six décennies plus tard, l’essentiel de ce dispositif demeure en place, malgré plusieurs périodes d’assouplissement.

Concrètement, les sanctions limitent de nombreuses opérations commerciales, bancaires et financières impliquant Cuba, les entreprises américaines et, dans certaines circonstances, des acteurs étrangers. Les restrictions compliquent notamment les paiements internationaux, l’accès à certains équipements et les investissements dans l’économie cubaine. Il ne s’agit cependant pas d’une interdiction absolue de tout commerce, puisque certaines exportations agricoles, alimentaires et médicales sont autorisées sous conditions. Le gouvernement américain rappelle d’ailleurs l’existence de ces exceptions, alors que les autorités cubaines dénoncent les obstacles financiers et administratifs qui subsistent malgré elles.

En janvier 2026, le président Donald Trump a ajouté un nouvel élément de pression économique en signant un décret permettant d’imposer des droits de douane supplémentaires aux pays qui fournissent directement ou indirectement du pétrole à Cuba. Cette mesure vise non seulement l’économie cubaine, mais également les partenaires étrangers susceptibles de contribuer à son approvisionnement énergétique. Selon Affaires mondiales Canada, le Mexique, principal fournisseur pétrolier de Cuba en 2025, a interrompu ses exportations après les menaces tarifaires américaines. Cette situation a accentué les difficultés d’un pays déjà confronté à une grave crise énergétique.

Cuba plongé dans une crise économique et humanitaire

Au-delà des affrontements diplomatiques, ce sont les quelque 11 millions d’habitants de Cuba qui subissent quotidiennement les conséquences de la crise. Les pénuries de carburant provoquent des interruptions répétées de l’approvisionnement électrique, parfois pendant de longues heures. Ces coupures perturbent non seulement les activités économiques, mais également les transports, les établissements de santé, les écoles et les réseaux de distribution d’eau potable. Dans certaines régions, même la conservation des aliments et des médicaments devient problématique.

La situation alimentaire est elle aussi préoccupante. Selon le Programme alimentaire mondial des Nations unies, l’économie cubaine s’est contractée d’environ 15 % sur une période de six ans, dans un contexte marqué par l’inflation, le manque de devises étrangères et les pénuries énergétiques. Les difficultés d’importation et la faible productivité agricole compliquent l’approvisionnement de la population en produits essentiels. Le Programme alimentaire mondial indique avoir soutenu environ 1,5 million de personnes à Cuba en 2025 et distribué quelque 7 000 tonnes de nourriture.

Le système de santé, longtemps considéré comme l’une des grandes réalisations sociales de la révolution cubaine, connaît lui aussi d’importantes difficultés. Les établissements médicaux doivent composer avec le manque de médicaments, d’équipements, de carburant et parfois même d’électricité. La pénurie de ressources affecte également les transports médicaux et la capacité du personnel de santé à assurer certains services. L’Organisation panaméricaine de la santé souligne que l’inflation, les pénuries de fournitures et le départ de professionnels de la santé exercent une pression supplémentaire sur ce système.

Le Canada a annoncé 13,5 millions de dollars d’aide

Devant la détérioration des conditions de vie, le gouvernement canadien a annoncé plusieurs mesures d’aide humanitaire au cours de l’année 2026. Le 25 février, Ottawa a accéléré le versement de huit millions de dollars destinés à améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition des populations vulnérables, par l’intermédiaire du Programme alimentaire mondial et de l’UNICEF. Le 17 avril, une aide supplémentaire de 5,5 millions de dollars a été annoncée pour répondre aux besoins sanitaires et alimentaires. Ces deux interventions totalisent 13,5 millions de dollars.

La majeure partie de la deuxième enveloppe, soit cinq millions de dollars, a été confiée à l’Organisation panaméricaine de la santé. Cette somme doit notamment améliorer l’accès aux médicaments essentiels, aux fournitures médicales et aux services de santé. Les 500 000 dollars restants sont destinés au Programme alimentaire mondial pour soutenir l’aide alimentaire et les opérations logistiques. Ottawa insiste sur le fait que ces interventions passent par des organisations internationales afin que l’assistance parvienne directement aux personnes vulnérables.

L’embargo n’explique pas à lui seul les difficultés cubaines

Si les sanctions américaines constituent un obstacle majeur au développement économique de Cuba, elles ne permettent pas d’expliquer à elles seules l’ampleur de la crise actuelle. Le pays souffre également de problèmes structurels anciens, notamment une faible productivité agricole, des infrastructures vieillissantes, un manque d’investissements et des difficultés persistantes de gestion économique. L’accès limité aux devises étrangères et la diminution du pouvoir d’achat compliquent davantage la situation. Les catastrophes naturelles, dont l’ouragan Melissa en octobre 2025, ont également aggravé la vulnérabilité du pays.

Dans une déclaration prononcée le 28 octobre au nom de l’Union européenne, l’Irlande a justement souligné cette double responsabilité. Les représentants européens reconnaissent les conséquences économiques et humanitaires négatives de l’embargo américain, tout en estimant que les décisions des autorités cubaines ont largement contribué à la crise. L’Union européenne réclame notamment des réformes économiques, judiciaires et politiques, une plus grande liberté d’expression et la libération des prisonniers politiques. Elle considère que la levée de l’embargo pourrait favoriser les réformes, mais ne saurait remplacer les changements nécessaires à l’intérieur même de Cuba.

La position américaine repose principalement sur la nécessité déclarée d’exercer des pressions contre le gouvernement communiste cubain. Washington invoque les violations des droits de la personne, l’absence de démocratie multipartite et les relations de La Havane avec des États qu’il considère comme hostiles à ses intérêts. Les autorités américaines contestent également l’utilisation du terme « blocus », puisqu’elles soulignent que Cuba continue de commercer avec plusieurs pays, y compris les États-Unis dans certains secteurs autorisés. Le gouvernement cubain rétorque que ces possibilités commerciales limitées ne compensent pas les effets des restrictions imposées à son économie.

Un vote symbolique qui ne mettra pas fin aux sanctions

Malgré son adoption par une nette majorité, la résolution du 28 octobre ne contraint pas juridiquement les États-Unis à lever leur embargo. Les résolutions de cette nature adoptées par l’Assemblée générale expriment une position politique internationale, mais ne disposent pas du même caractère obligatoire que certaines décisions du Conseil de sécurité. La levée des principales restrictions américaines nécessiterait notamment des modifications législatives à Washington. Le Congrès américain conserve ainsi un rôle déterminant dans l’avenir de cette politique.

Pour Cuba, le résultat représente donc une nouvelle victoire diplomatique, mais aussi un avertissement. La diminution importante du nombre de pays favorables à la résolution démontre que les positions internationales à son égard évoluent. Alors que Washington maintient sa pression et que La Havane peine à sortir de la crise, les besoins humanitaires de la population continuent de s’accumuler. Après plus de 60 ans d’embargo, la question demeure entière : jusqu’où les sanctions peuvent-elles faire pression sur un gouvernement sans aggraver les conditions de vie de sa population ?

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